Ramenez la coupe à la raison – Je ne verrai pas les Bleus jouer leur troisième étoile

Par Arthur Barrier

Deux ouvriers migrants dormant sur les chantiers de construction des stades qataris en périphérie de Doha (Reuters/Stringer)


Quand j’avais 12 ans, j’ai visité Rome. Fasciné par la splendeur des ruines du Colisée, j’avais naïvement demandé à mes parents pourquoi de pareilles merveilles n’étaient plus construites aujourd’hui. Parce que, de nos jours, on n’a malheureusement plus le droit d’exploiter des esclaves pour construire des lieux de divertissement, avait répondu mon père avec sarcasmes.

A l’époque, cette réflexion m’avait marqué. Et si j’y repense aujourd’hui, c’est que je me de dis qu’en fait, ce jour-là, mon père avait tristement tort. Certes a-t-on aboli les arènes de combat. Mais du Colisée romain aux stades de foot qataris, les privilégiés n’ont pas perdu la joie de se divertir en s’asseyant sur les dépouilles d’esclaves morts de leur asservissement.


L’avènement de la Coupe du Monde de football 2022 accueillie par le Qatar, permise par la corruption des institutions responsables, qu’il s’agisse de la FIFA au niveau organisationnel ou du Parlement Européen à notre échelle politique régionale, est le fruit d’un esclavagisme de masse et d’un saccage climatique.

Un million et demi d’ouvriers étrangers ont été privés de leurs droits fondamentaux – un chiffre comparable à celui du nombre de travailleurs forcés Ouïgours détenus dans le Xinjiang – et six-mille-cinq-cents d’entre eux sont morts de chaud, de soif ou d’accidents. Dans le même temps, six millions de tonnes de CO2 ont été rejetées dans l’atmosphère, soit quatre fois plus que pour la dernière Coupe du Monde, ou l’équivalent de l’émission annuelle d’un pays moyen entier.


Que les fans invétérés de football regardent envers et contre tout les matchs est compréhensible – la dissonance cognitive née de l’opposition entre passion et éthique est bien difficile à surmonter. Ce qui peut soulever davantage de reflexions en revanche est l’émulsion sociale et généralisée de la part d’une école de sciences politiques vis-à-vis d’un évènement politisé dans une relative indifférence de ses enjeux moraux, humains et environnementaux.

En tant qu’étudiants à Sciences Po, nous n’avons pas l’excuse de l’ignorance et, bien que nul ne puisse se parer d’être exemplaire en tout point, nous avons le devoir d’avoir des principes. Il m’apparait ainsi que, en traversant le hall du campus, nous ne devrions pas ressentir la légèreté et l’excitation accompagnant un consensus sous-jacent quant à l’acceptabilité de cet évènement mais, a minima, entendre des débats vis-à-vis de la situation, critiques et responsabilisants.


Comme lors de toute coupe du monde, et particulièrement lorsque notre pays est représenté, c’est la finale qui attire le plus d’engouement. Au nom de la décence, sachons limiter le nôtre dimanche.

Ramenons la coupe à la raison.

Mourras-tu d’une pandémie, d’une guerre ou d’un cataclysme climatique? Réalise notre test en seulement 5 minutes


Alors que la pandémie de Covid-19 bien que médiatiquement démodée poursuit ses ravages et que le GIEC vient d’à peine publier 60 pages alarmistes et scientifiques -deux mots dont l’association n’est jamais de bon augure-, voilà qu’un dictateur européen envoie son armée pour « dénazifier » un pays gouverné par un Juif. Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes.

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Avis aux haters de l’hiver – pensée pour ceux qui n’auront peut-être jamais la chance de voir la neige

Par Arthur Barrier

Assis le cul posé sur un banc trempé, tu regardes les ombres des derniers passants qui sillonnent la ville morte. Ton nez pris ne t’épargne pas l’odeur de pétrole amené du port par le vent et, au détour d’une averse qui éteint la clope que tes doigts ont difficilement guidé à tes lèvres gercées, tu commences à sérieusement questionner tes choix de vie et le sens de ton existence. Tu n’as ni cheminée pour dégeler tes mains qui tournent au bleu, ni amant pour réchauffer tes draps, et quand tes cheveux ne sont pas mouillés par la pluie c’est la grêle qui martèle ton corps tout entier.  

Bref, t’es au Havre en décembre et il est encore l’automne que tu marmonnes : vivement le printemps.

Tu repenses avec nostalgie aux spritz en terrasse et aux soirées plage à te briser les os sur les cailloux des plages normandes. Et quand tu révises tes partiels en voyant la nuit qui tombe alors que tu viens à peine de te lever, tu te dis même que quitte à retourner danser sur du Wejdene ou te faire traquer par la police après 21h, tu reviendrais bien aux derniers étés. 

Mais l’hiver c’est pas seulement les mains gercées et la buée sur les lunettes. C’est surtout le petit marché de Noël qui s’installe en face de l’humble demeure d’Edouard Philippe, les soirées film enlacés avec ton amoureux ou à défaut, avec ton plaid, et bien-sûr le come-back annuel de Mariah Carey. C’est les thés sirotés collé au radiateur et les vins chauds en bas des pistes de ski, les toits blancs et les sapins qui clignotent, le foie gras et les résolutions du nouvel an. 

L’hiver, c’est plus de temps chez toi pour noircir ton journal intime et faire le ménage dans tes pensées, passer du temps calme avec les gens qui te sont chers et leur offrir des cadeaux, apprendre à cuisiner de nouveaux repas chauds et réaliser tes projets solitaires les plus fous. C’est même un bal de Noël à l’Eclipse et des pintes entre potes en jouant aux fléchettes sur fond de musique irlandaise au Black Café.

Alors oui, même si putain ce qu’il fait froid, pète-toi une The North Face, achète de la vitamine D et levons un verre à l’hiver. Emplissons nos esprits de souvenirs que l’on racontera à nos petits-enfants qui, peut-être, n’auront jamais la chance de voir la neige.