Ode aux cris des mouettes et aux plages de galets

Comme toute notre charmante promotion, j’ai reçu il y a quelques mois mon affectation de troisième année en Italie. D’un coup, la fin de ma vie à LH (pour les intimes) semble approcher vitesse grand V.

Alors, quelques jours avant le grand départ, je ne vais pas mentir : au début, je détestais cette ville. Les premières 24 heures, perchée au 5ème étage dans mon 18m2 sans oreiller ni planche à légume, j’ai sérieusement songé à prendre le premier train Nomad pour retourner dans mon délicieux cocon parisien. Et en toute objectivité, ce n’est pas complètement faux que Le Havre, parfois, c’est tout pourri. 

Au Havre, tu fais le tour de la ville en 20 minutes à vélo et les deux tiers des havrais ont plus de 60 ans. Tu passes des heures dans des bars un peu miteux et des terrasses mal chauffées, et quasiment tous les magasins ferment à 19h. Si tu as oublié d’acheter du tabac le dimanche, gratte-toi les veines et tais-toi.

Au Havre, la météo est horrible. Quand tu penses que ça ne peut pas être pire qu’une pluie torrentielle doublée d’un vent à décorner les bœufs : il te grêle dessus. Tu vas du before à la soirée en vélo sous la flotte, et tout le monde s’en fout parce qu’au Havre, laisser une flaque sur le parquet en partant c’est tendance. La mer est glaciale d’octobre à avril et si par miracle tu trouves la force de te baigner, bon courage pour sortir de l’eau avec les galets qui dévalent sur tes pieds.

Au Havre, on vit au rythme des cris des mouettes et de l’alarme « accident industriel majeur » les premiers mercredis du mois. On est devenus professionnels en dissertations en anglais et pipeau sur des sujets découverts la veille. Je fais des gros bisous sur le front des survivants d’Ecosoc, des Polgov avec leurs cauchemars en accéléré de Gretchen, des Polhum qui ont eu des envies de meurtre après un cours de Mitrani.

Mais ici, quand tu t’ennuies, il y a toujours une soirée déguisée ou un plan « tarot vin blanc Auchan à 3€ » à Dock City. Il y a toujours les soirées en coloc et les lendemains où tu débriefes des conneries faites la veille jusqu’à 18h. Il y a toujours le début des beaux jours, qui riment avec apéros sur les galets et siroter des bières en regardant le coucher de soleil sur la mer. Il y a toujours les escapades en vélo et les cafés au Cargo.


« Tu pleures deux fois au Havre : quand tu arrives et quand tu pars », c’est niais mais c’est vrai. 

Toutes les bonnes choses ont une fin donc on va gentiment vider nos glandes lacrymales comme toutes les générations avant nous. Pour nos 1As qui vont salement nous manquer : profitez même sous la grêle et les deadlines, parce que ça passe trop vite.

Parce qu’ici les potes c’est la famille, la pause ping-pong c’est sacré, les soirées c’est déguisé et le November blues on le vit à 300. 

Je ne pense pas que j’aurais pu y passer la vie, mais je vais passer ma vie à y repenser.

Ici, c’est Le Havre


Par Armelle Ensarguet

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