Découverte du Havre lors des Journées européennes du patrimoine

par Romane Cartier

Les Journées européennes du patrimoine, célébrées chaque année durant la troisième semaine de septembre, sont un événement incontournable pour les passionnés d’histoire et de culture. Créé en 1984, cet événement vise à sensibiliser le public à la richesse du patrimoine culturel européen. Pendant deux jours, des milliers de sites, souvent fermés au public, ouvrent leurs portes, offrant une occasion unique de découvrir l’histoire qui se cache derrière ces monuments emblématiques. Que ce soit des châteaux, des musées, des églises ou des bâtiments publics, chaque lieu raconte une histoire, un morceau du puzzle culturel qui compose notre héritage commun.Journées Européennes du Patrimoine 2024 - Maison des Sciences de l'Homme  Paris Nord

Crédit : Ministère de la culture

Cette année, j’ai eu le plaisir de participer aux Journées au Havre et je vous invite à m’accompagner dans ma découverte de plusieurs lieux fascinants, où l’histoire se mêle à l’architecture moderne dans un cadre maritime. De la Maison de l’Armateur à l’Hôtel de Ville, en passant par l’Appartement Témoin, chaque visite est une immersion dans le passé, une exploration des récits qui ont façonné cette ville portuaire et je vous amène avec moi pour les découvrir.

La Maison de l’Armateur

Mon premier arrêt de la journée fût la Maison de l’Armateur, un véritable trésor du XVIIIe siècle, érigée entre 1774 et 1781 pour Jacques-Antoine de Puy, un armateur havrais prospère. Conçue par l’architecte François de la Chevalerie, cette demeure est un exemple remarquable de l’architecture néoclassique, avec ses façades en pierre de taille et ses élégantes corniches. Classée monument historique depuis 1926, la Maison de l’Armateur témoigne de l’importance de l’histoire maritime du Havre.

À l’intérieur, j’ai été frappée par l’élégance des salons, ornés de meubles d’époque, de tapisseries et d’œuvres d’art, dont certaines proviennent de l’atelier de l’artiste havrais Jean-Baptiste Lamy, célèbre pour ses marines. Chaque pièce évoque le quotidien des armateurs, véritables pionniers du commerce transatlantique. Les expositions temporaires mettent en lumière des aspects fascinants de leur vie, comme la construction navale et les échanges commerciaux au XVIIIe siècle. Une visite ici permet non seulement d’admirer des objets d’art, mais aussi de comprendre le rôle crucial de cette maison dans le développement économique du Havre, qui était alors le principal port français pour le commerce avec les colonies.

L’Hôtel de Ville et sa Tour

Je me suis ensuite dirigée vers l’Hôtel de Ville, un chef-d’œuvre de l’architecture moderne conçu par Auguste Perret et achevé en 1964. Ce bâtiment monumental a été érigé pour la reconstruction du Havre, presque entièrement détruit durant la Seconde Guerre mondiale. 

Construit en béton armé, l’Hôtel de Ville reflète le style architectural rationaliste, avec ses lignes géométriques et son utilisation innovante de la lumière. À l’intérieur, j’ai admiré la salle des mariages, ornée de fresques réalisées par le peintre Roger de La Fresnaye, représentant des thèmes de liberté et de paix. Ces fresques rendent hommage aux victimes de la guerre et symbolisent le renouveau de la ville.

La montée à la tour de 107 mètres, emblème de la renaissance havraise, offre une vue panoramique imprenable sur la ville et son port, l’un des plus importants de France. Le guide a même souligné qu’en temps clair, il est possible d’apercevoir les côtes anglaises au loin. Cependant, de mon côté, je n’ai rien vu ! Peut-être devrais-je envisager une consultation chez un ophtalmologue, car mes yeux n’étaient visiblement pas à la hauteur de cette promesse visuelle.

L’Appartement Témoin

Enfin, ma dernière visite m’a conduit à l’Appartement Témoin, situé dans un bâtiment de la période de reconstruction, construit dans les années 1950. Ce lieu est captivant car il reconstitue l’intérieur d’un appartement typique des années 1960, une époque marquée par les ambitions de la France d’après-guerre. J’ai exploré les différentes pièces, du salon à la cuisine, et j’ai été impressionnée par les choix décoratifs, caractérisés par des meubles aux lignes simples, un design fonctionnel et des couleurs pastel.

Cet appartement illustre les décisions architecturales de l’époque, influencées par le mouvement moderne et l’urbanisme de Perret, qui prônait des espaces à la fois pratiques et agréables à vivre. Par exemple, cet appartement dispose d’une salle de bain, un véritable luxe pour l’époque. Cette modernité visait à favoriser le confort des habitants tout en intégrant les avancées technologiques de la période. Elle avait pour objectif de récupérer l’attractivité de la ville, face à la forte diminution de la population qui avait fui les bombardements et les ruines de leur ville natale. La répartition des espaces et l’aménagement des lieux reflètent ainsi les aspirations d’une société en pleine mutation, cherchant à se reconstruire sur de nouvelles bases après les horreurs de la guerre.

Crédit : Pays d’Art et d’Histoire

Ces visites m’ont offert une perspective enrichissante sur le patrimoine du Havre, mêlant histoire, architecture et culture. Je vous encourage vivement à participer aux futures Journées européennes du patrimoine et à découvrir ces lieux chargés d’histoire par vous-même. Chaque site a une histoire à raconter, et c’est une opportunité rare de plonger dans le passé fascinant de cette ville, qui peut sembler un peu moche en surface, mais qui regorge en réalité d’histoires captivantes.

The Sama Dilaut: Nomads of the Seas

By Gemma Tabet

Today, the Sama Dilaut or Sea Nomads, remain one of the world’s last ethnic communities living solely on water. For centuries they have made their livelihood amongst the seas of Maritime Southeast Asia, travelling between the coasts and islands of Malaysia, Indonesia, and the Philippines (Lenhart, 1995). They rely on sea-based activities, such as fishing and trade, and live on their boats (called lepa) or on stilt houses above water (Borneo History, 2017). The Sama Dilaut even developed unique skills that allowed them over the centuries to live in harmony with their aquatic environment. For example, they developed physical advantages such as a 50% increase in spleen size, allowing them to stay underwater for 10 minutes at a time at depths of 70 metres (Sieber, 2023). But modern times have brought harsh challenges, from over-tourism to climate change, that threaten the Sama Dilaut’s centuries-old way of life. 

The Sama Dilaut peoples are part of a larger ethnolinguistic group known as Sama, which consists of two other categories: the land-based Sama Dileya/Dea and coastal Sama Lipid/Bihing (Maglana, 2016). Commonly, these populations fall under the category “Sama-Bajau”, but many groups self-designate themselves using toponyms based on place of origin (Maglana, 2016), such as Sama Sitangkai (Sama of Sitangkai Island). Further distinguishing this community is the presence of 10 major languages and a variety of religious systems (Maglana, 2016). The Sama Dilaut, unlike their land-based counterparts, are less influenced by Islam (the main religion in the region today), due to the remaining impacts of ancestral beliefs based on animism (Saat, 2003). The exact land origins of the Sama Dilaut remain still unclear, but first references can be traced back to 840 CE in the Darangen (Borneo History, 2017), an epic oral poem by the Maranao (an Islamic cultural-linguistic group in the Philippines), which mentions a love story between a Sama Dilaut princess and Maranao prince. Since then, the Sama Dilaut have settled in the waters surrounding Sabah, the Sulu Archipelago, Sulawesi, Maluku, and Nusa Tengarra (Lenhart, 1995), leading to a unique cultural identity tied to the seas.

Yet today, this historic culture and community face modern challenges linked to political marginalisation, discrimination (Moreno, 2023), and environmental degradation (Musawah, 2024), that threaten to erase centuries of traditional knowledge and practices. 

The marginalisation of the Sama Dilaut can be traced back to European colonial rule, which led to the establishment of maritime borders that disrupted the Sama Dilaut´s way of life (Sieber, 2023). For example, trade networks for the procurement and exportation of turtle shells, sea cucumbers, and general fishing existing since 1000 BCE (Jeon, 2019) were no longer viable, greatly affecting one of the main sources of income for the community. The Sama Dilaut have only further lost access to their traditional fishing sites, exacerbating their economic vulnerability and contributing to rising levels of poverty (Moreno, 2023). Particularly, the modern ´stateless status´ of the Sama Dilaut has increased levels of alienation and marginalisation by limiting their legal privileges (Moreno, 2023). Due to unclear legislation distinguishing asylum seekers, irregular migrants, and undocumented or stateless individuals, Sama Dilaut are not often granted citizenship (Sieber, 2023). For example, in the Philippines the Indigenous People´s Act (Act No. 8371) covers only peoples from ancestral lands and not oceanic waters. This reflects the wider political realities the community is subjected to, leading to direct lack of access to essential services, such as education, formal employment, and healthcare (Sieber, 2023).

Beyond a lack of legal recognition and policies for ensuring the economic and political protection of this vulnerable ethnic minority, the Sama Dilaut face centuries old discrimination that has eroded their culture and traditional knowledge (Moreno, 2023). The Sama Dilaut in the Sulu Archipelago are still today victims of historic cultural prejudice (Saat, 2023) originating from dominant land-based groups (like the Tausūg, a Muslim ethnic group in the Philippines and Malaysia). These groups viewed boat dwelling and un-Islamic animism practices as inferior and uncivilised, earning the Sama Dilaut a low social status (Saat, 2003). For example, the Tausūg people have a derogatory name for the Sama Dilaut that translates to “spat out” (Nimmo, 1968). This history of discrimination still ripples into the modern world, leading to the cultural assimilation of the Sama Dilaut, who more and more migrate to land, abandoning their sea-faring way of life (Sieber, 2023). A rising number of Sama Dilaut have converted to Islam over the years (Maglana, 2016), a key example of cultural conformation due to social pressure. The preservation of the Sama Dilaut´s unique customs has severely declined, impacting their traditional languages, religions, and practises. 

Moreover, the nomadic ways of the Sama Dilaut have further been challenged by overfishing and climate change (Musawah, 2024). Due to their economic difficulties, many Sama Dilaut have small and underdeveloped boats and fishing tools (Jeon, 2019, pg. 50), already placing them at a disadvantage when competing with modern fishing corporations. Climate change has only exacerbated the situation, leading to ocean acidification that causes fish migration, forcing various Sama Dilaut to settle on land as they lose access to their primary source of livelihood (Musawah, 2024). There, they may turn to seaweed farming, but because of exploitation by intermediaries, the Sama Dilaut fail to earn enough income (Musawah, 2024). In their struggle against poverty, some Sama Dilaut introduce chemicals and fertilisers into their farming, harming sea life and their own connection to the ocean (Musawah, 2024). The Sama Dilaut are placed further at risk due to extreme weather changes caused by global warming, such as rising sea levels and typhoons (Moreno, 2023). 

In conclusion, it is evident that the Sama Dilaut face a variety of challenges that threaten to erode and erase their nomadic cultures and lives. From political marginalisation and discrimination rooted in the past, to modern perils caused by climate change, the Sama Dilaut are socially, politically, and economically vulnerable. These indigenous peoples have centuries old knowledge of currents, marine ecosystems, star charts, and wind patterns (Maglana, 2016, pg. 78) that could be critically important for better understanding the impacts of and solutions to climate change. A variety of organisations have worked over the years to ensure the political and socio-economic protection of the Sama Dilaut. For example, Rosalyn Diwala´s Indigenous Children’s Learning Centers aim to organise education courses led by native teachers for Sama Dilaut children. On a larger scale, in February 2024, during the World Conference on Statelessness, an understanding was made between the Philippines, Malaysia, and Indonesia to address the Sama Dilaut situation. More concentrated efforts and policies to deal with the specific plights faced by this community are needed urgently, in order to ensure the preservation of not only a unique culture, but to also ensure the protection of a critically vulnerable ethnic community. 

Disclaimer: As a student, I don’t have the full capacity nor time to delve into the complexities of each ethnic community. My intention is to create a space dedicated to introducing readers to different minorities and their plights, to raise awareness and to encourage further readings into such topics.

Le Studio: un retour au devant de la scène

par Manon Patouillet

Source : Paris Normandie

Nombreux, sans doute sont les étudiants du campus du Havre de Sciences Po, qui, au détour d’un scroll sur Instagram un soir de printemps 2024, sont tombés sur une pétition intitulée“Sauvegardons le Studio que nous aimons !”. Destinée à la sauvegarde du cinéma Le Studio au Havre, celle-ci a été initiée par un alumnus du campus, Elias Cantone.1 Partagée par la suite, par quelques-uns de nos camarades, la monosalle, qui traversait une période de crise à ce moment-là, était grandement soutenue par les « Mushus ». Alors que des rumeurs de tensions au sein de la gouvernance, menant à une possible fermeture du cinéma se propagent, l’été arrive et les « sciencespistes » fuient Le Havre pendant plusieurs mois. Au retour des vacances, la résolution quant à l’affaire concernant le Studio reste tout aussi floue. 

La monosalle, située au 3 rue du Général Sarrail, a vu le jour en 1999 sous l’impulsion du réalisateur Christian Zarifian. Composée d’une salle de 84 places, sa petite taille n’a pas empêché le créateur du Studio d’afficher de grandes ambitions. Zarifian souhaite que la monosalle devienne un “lieu de mémoire”2, au Havre, alliant classiques et films moins connus. Vingt cinq ans plus tard, l’objectif reste le même selon le programmateur David Lheureux, qui continue à “présenter le cinéma dans toute sa diversité”. Au fil des années, le Studio entretient également de nombreux partenariats avec d’autres organisations havraises, tels que les Ancres noires, ou Du grain à démoudre, et organise des événements pour enfants.3 

Cependant, selon les reportages de Paris Normandie, début 2023, une querelle éclate au sein de la direction du cinéma. Deux camps s’opposent, se revendiquant chacun comme le bureau légitime : d’un côté, les « anciens », composé de Patrick Gravé, président du Studio depuis 20 ans, André Fouché, le trésorier, ainsi que David Lheureux présenté précédemment ; de l’autre, la veuve et la fille du défunt créateur du Studio. Alors que la famille Zarifian organise une assemblée générale pour élire un nouveau bureau, le groupe présidé par Pierre Gravé porte plainte contre celle-ci. Cette plainte sera alors le début d’une longue bataille judiciaire, aboutissant aujourd’hui à la nomination d’une mandataire provisoire.4 

Ce conflit a semé le trouble au sein de l’équipe, déchirée par des perceptions et des ambitions différentes pour le cinéma. Pour David Lheureux, cet épisode a été rude, frustré que son travail qu’il exerce depuis 22 ans, soit remis en questions par des membres inactifs jusqu’alors.5 La situation a même mené jusqu’à mettre en péril certains partenariats précieux que le cinéma entretenait depuis longtemps. Alors que la banque bloque certains comptes, plusieurs salariés envisagent même de remettre leur démission.6 

Bien que le calme semble être revenu au 3 rue Général Sérail, la situation demeure incertaine. L’affaire est-elle complètement résolue ? Quelles sont les répercussions du conflit aujourd’hui ? Une série de questions nous viennent à l’esprit. Pourtant, interrogés sur ce sujet, David Lheureux et l’administratrice provisoire Cécile Dur ne souhaitent pas en parler. Il ne fait aucun doute que cette affaire marque une période difficile pour le cinéma, même s’il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions. Ce havre de partage et de rencontre autour des films était devenu un terrain de querelles. Peut-être que des contraintes légales les empêchent d’aborder le sujet, ou bien cherchent-ils simplement à éviter que ce conflit, aux issues encore incertaines, ne vienne perturber la rentrée tant attendue du cinéma. 

En effet, David Lheureux ne cache pas son désir d’aller de l’avant, et se concentrer sur la réouverture et les projets à venir. Le Studio reprend une activité inchangée, avec son incontournable programmation mensuelle. En septembre, la monosalle a proposé une sélection de films variée à ses adhérents, que ce soit le classique du cinéma argentin Que la bête meure de Roman Vinoly Barretto, ou la Nouvelle Vague avec Les deux anglaises et le continent de François Truffaut. 

En parallèle, tout au long de l’année, le fil conducteur du Studio sera le cinéma asiatique contemporain. Comme tous les ans, le cinéma choisit un « cycle » de septembre à juin sur un thème défini, présenté depuis 2002 par Youri Deschamps, rédacteur en chef de la revue « Eclipses ». Au programme, des films tels que Tel père tel fils du réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda, mais encore A touch of sin de Jia Zhang-ke, pourront ravir les spectateurs. 

L’objectif encore une fois est de faire découvrir au public havrais des cinéastes peu vus en France. Interrogé sur les raisons pour lesquelles il avait choisi ce thème, David Lheureux répond : « Je m’étais fait la réflexion (…) que dans le cinéma français actuel on est beaucoup dans le verbe, on est beaucoup dans la parole mais pas beaucoup dans l’image ». Au contraire, le cinéma asiatique contemporain est certes peu bavard, mais fort au visionnage. « Le but de ce cycle là est aussi de remettre en l’honneur le cinéma comme un art visuel ». Pour David Lheureux, ceci est « l’essence » même du cinéma. 

Ainsi, gâtés  par une programmation de telle qualité, les Havrais n’auront d’autres choix que de se rendre au Studio pour savourer ses films. Or, le cinéma d’art et d’essai a besoin de la fidélité de son public, qui doit privilégier l’expérience immersive en salle plutôt que le confort d’un film Netflix à domicile. Car une fois disparus, ces lieux de culture ne renaissent jamais. 

Embracing Change: From Chiang Mai to The Hague and Le Havre—A Personal Journey of Discovering Home and Community

By Fabian Haug

All images credited to the author unless otherwise stated.

Just over two years ago, when I first arrived in the Netherlands for college, I couldn’t stop thinking about the lush green forests, waterfalls, and temples near my home in Northern Thailand. I had spent the previous six years growing up in Chiang Mai, and my time there made me feel attached to the city, its people, its culture, and its incredible food. I developed a particular love for Khao Soi, a coconut noodle soup – its thick-crispy noodles, coconut broth, and soft, tender beef are what I craved then, and still often do today. 

I remember during my first few weeks in the Netherlands my mind was filled with memories from my time in Chiang Mai—frequenting malls such as One Niman, hiking in the stunning Chiang Dao and Mon Jam mountains, and the silly antics I used to get up to with my friends at school. In short, I was homesick. Suddenly, the small things I took for granted from simple visits to the Seven-Elevens at night to dinners with my parents were experiences that I started missing—something that I longed to experience again. Nonetheless, I believe this sense of homesickness is linked to a deeper truth: it was linked to the fact that I had lost my sense of security. 

Looking back, this should seem almost unsurprising. I had just moved to a new city—The Hague—a place I had never visited before, more than 8,000 kilometres away from home. I arrived alone, with no familiar faces, no friends to lean on, and no clear sense of how my college experience would unfold.  To make matters worse, the airline lost my suitcase which held most of my belongings—clothes, snacks, and cherished souvenirs from Thailand. While pop culture often paints the picture of moving to college as an exhilarating leap, it is equally vital to acknowledge the immense weight of uncertainty and loneliness that can accompany such a monumental change.

Left to right: A view of the Chiang Dao mountains from my home in Mae Rim, Chiang Mai. My parents Achim and Au after a hike in Mon Jam, taken by me.

However, as time progressed, I made friends, adjusted to life in a foreign country, and adapted to the demands of university academics. Yet this was no short process. I found myself in between friend groups, navigating how to manage my newfound independence. It wasn’t until the second semester that I connected with people who became my closest friends, and who remain so to this day. During this period of discovery, my homesickness gradually faded, and I began to discover who I was beyond the familiar comforts of my parents and my life in Chiang Mai. I deepened my academic interests, particularly developing a love for international law, while also discovering a passion for travel—and testing the limits of my alcohol tolerance. I learned how to live on my own, how to cook—although my friends still joke that I’m a terrible chef— how to navigate taxes and the Dutch healthcare system. I discovered a healthier work-life balance that worked for me. 

Above, left to right: My mostly empty college dorm in The Hague just after moving in,  walking tour of Leiden (10 minutes away from The Hague) as part of my “Intro Week”at Leiden University.

Over the next two years, The Hague, its people, and my closest friends made the city feel more like home. I felt safe within my close friend group, full of third-culture kids such as myself. There was Demir, a Dutch-Turkish amateur windsurfer; Emilia, a German-American baking enthusiast; and Ferdi, a mischievous Frenchman. There was Gege, a Dutch-Chinese TikToker par excellence; Marianna, a Polish bookworm; and Eva, a Belgian-English record collector. Finally, there was Sebas, a Colombian-Dutch film buff; and Anastasia, a French-born, American-raised workaholic—just to name a few. These are only some of the people who made my college experience unforgettable. With these friends, I travelled to places like Ireland and Belgium, had wild nights in Rotterdam and Amsterdam, shared deep conversations about life, and cooked fantastic meals together. 

Moving to university can be daunting, lonely, and full of uncertainty, but it’s also a time to discover more about yourself, build new friendships, and create memories that can last a lifetime. Looking back, I believe it’s important to recognize that building a supportive community and a new sense of security takes time—and there’s no need to pressure ourselves to instantly find our people or fear missing out on events, as meaningful connections naturally take long periods to develop.

Above, left to right: Gege and Emilia on our short trip to Ireland; Ferdi, Demir, and I having a wonderful cooking session.

Despite finding a new community, I decided to embark on an exchange semester—which is how I ended up here at the Sciences Po campus in Le Havre. Honestly, I chose to go on exchange partly out of fear of missing out. I felt pressured to study abroad because it was implicitly—though not intentionally—framed by my friends and the university administration as an essential part of the college experience. I worried that not going would mean missing out on an opportunity to meet new people and explore other parts of the world.

Above, left to right: “Floor crawl” (A drinking party on a floor at Leiden University);  Me and my fellow resident assistants at the annual Dies Fatalis in 2024 (our university play). 

Sciences Po’s campus in Le Havre partly stood out to me not only because of the university’s standing in Europe—but also its small scale and focus on Asia, which I felt was underrepresented in the curriculum of my home university. I remember thinking during the application process “Ohh, the small size of the university is nice, it’ll make it easier to form friendships and build connections.”  Moreover, small seminar classes and an intimate atmosphere were what I preferred, similar to my home university, where the campus had only 600 students. The other options I listed on my exchange application were Tulane University in New Orleans, Louisiana, and the National University of Singapore, located—you guessed it right—in Singapore. These wildly different options reflected my uncertainty about what I wanted from my exchange experience. Did I want to continue studying in Europe? Move far away to the United States? Or stay closer to home and family in Thailand? In the end, Leiden University nominated me to come here to Le Havre for my exchange. 

A few months later, on the 25th of August this year, I arrived here, in Le Havre. Again, similar to two years prior I was nervous about the uncertainty of how the experience would go—would I make friends? How challenging would a new university be academically? I was even overcome by a wave of homesickness, an ache, to rewind the clock just a few months and relive the summer. I yearned to experience once more the familiar comforts of home in Thailand. My mind wandered back to the sun-soaked days of adventure, retracing the path through southern Thailand, Malaysia, and Singapore—a journey I had taken just weeks before with my cousins, though it now felt like a lifetime ago. Frustration swelled within me. Why did I feel this way—homesick, again—after two years of living on my own in the Netherlands? The feelings seemed unjustified, even childish, and yet there they were, stubborn, pulling me back to a time and place I could no longer touch. 

Having grappled with homesickness before, I felt more equipped to face it again. My time in The Hague meant that I knew myself better. While I understood that I needed to step out of my comfort zone to forge meaningful connections with others. I also knew that when I felt down, a short run was an effective way to cope. An occasional tub of ice cream paired with a Netflix show offered a much-needed escape from the strains of daily life, while calls to my parents or friends and the comfort of Thai food eased my longing for home. Yet, I was acutely aware that I would only be here for four months—would that be enough time to cultivate a sense of community? After calling a friend in Bangkok, he suggested approaching this experience with the mindset of trying to make the most out of every day. We should try to take steps to actively cultivate memorable experiences with those whom we care about, but most importantly, we should treat others the way I would have liked to be treated when I first moved to university two years ago. For me, it meant someone inviting me to activities, showing they cared, and checking in on me—even if I didn’t always share how I was truly feeling.

So, how has my integration at Sciences Po been so far? I’d say it has gone faster than I expected. In just over a month, I’ve built close friendships and made memories that I know will stay with me. I’ve found common ground with many people—whether it’s bonding with fellow exchange students over the challenges of Sciences Po’s administration and navigating CROUS housing, or sharing conversations about Thai cuisine and culture with my Thai and Southeast Asian peers. As a half-German, I’ve bonded with other Germans over our shared love of German bread and the occasional indulgence in complaining—though I’ve learned to keep that in check, as too much can dampen my mood. However lately, our conversations have shifted to our deep affection for French pastries, revelling in the delightful flavours and treats that have quickly captured our hearts now that the initial shock of moving to France has worn off. I’ve made it a priority to invite as many people as possible to join me on runs, and I’ve embarked on spontaneous trips to Honfleur and Cap de la Hève. These experiences have allowed me to forge meaningful connections more swiftly than I anticipated.

Above: Zo-ren, Audrey, JJ, Sylvian and I on our spontaneous trip on Honfleur

Nonetheless, it has not always been smooth sailing. I’ve faced moments of academic stress and occasional loneliness when feeling overwhelmed, and I haven’t been perfect in going out to connect with others. I’ve aimed to treat others as I would have liked to be treated when I first moved to college, yet there were days when I found myself retreating into my comfort zone instead of “making the most of it” and fully embracing the opportunity to spend time with my newfound friends. But I think it’s important to emphasise that this is okay—it’s perfectly fine not to always be on top of things. “Making the most of it” also means allowing ourselves space to relax and not forcing ourselves into social situations we’re not ready for or don’t want to be in. 

Above, left to right: Southeast Asian Gang at WEI;  late-night run.with JJ and Zo-ren

With these thoughts in mind and drawing from my personal experiences, I’d like to share three takeaways on how we could approach integration more healthily with greater compassion and understanding. 

  1. Homesickness, uncertainty, and loneliness that can accompany moving to college is natural—and we should approach others with compassion and care and acknowledge that this can be a difficult time of transition.
  1. Building friendships takes time—meaningful connections typically don’t happen overnight. We shouldn’t pressure ourselves, as friendships tend to develop naturally over time. Nonetheless, this does not diminish our power to engage with others, invite people for activities, and seek meaningful relationships. 
  1. Take the time to explore what self-care looks like for you—university is a journey of self-discovery and personal growth. We should try to identify not only what activities can help us de-stress but also the types of social situations and friend groups we genuinely enjoy spending time in. 

Yet I do want to emphasise that these insights are drawn solely from my own experience; you and others may have wildly different experiences based on your individual journeys. Nevertheless, I hope you can find something relatable in this reflection—perhaps a truth that will help guide you, just a little, toward a more fulfilling college experience. I hope these experiences can offer you some encouragement as you navigate your own paths.

With love, 

Fabian 

La bourse de Tokyo tremble : des répliques à prévoir ? 

par Sylvain Sainte-Marie

La Banque du Japon. Photo: SATOKO KAWASAKI via japantimes.co.jp

Jeudi 8 août 2024 au large de Kyushu, un séisme de magnitude 7,1 fait trembler l’archipel nippon. Si les dégâts sont minimes ce jour-là, l’agence météorologique japonaise alerte que la probabilité d’un mégaséisme est plus élevée que la normale suite à cette secousse. Pendant 1 semaine, les habitants restent en état d’alerte avant que l’alerte soit finalement levée le 15 août. 

Or le sol japonais n’est pas le seul à avoir tremblé cet été. En effet, le 5 août à la Bourse de Tokyo, le Nikkei 225 enregistre une baisse de 12,4% en une journée, du jamais vu depuis l’éclatement de la « bulle japonaise » dans les années 80. Le lendemain, l’indice se relève de 10 points mais le monde de la finance, lui, retient son souffle encore quelque temps, inquiet des potentiels effets en chaîne. Si ce mini-krach boursier n’a pas engendré de crise financière plus large, alors même que la bourse de Tokyo est parmi les cinq plus grandes places boursières du monde, il est néanmoins important de comprendre les causes de cet évènement et ce qu’il nous apprend sur l’état de la finance et de l’économie japonaise. 

L’événement 

La chute du 5 août fait suite à une hausse des taux de la Banque centrale japonaise (BoJ) le 31 juillet élevant le taux directeur au niveau de 0,25% . C’est la deuxième depuis le début de l’année que le Japon ait connu depuis les années 1990 avec une politique de taux très faibles voir négatifs. La BoJ cherche par cette action à enrayer la dépréciation du yen par rapport au dollar, car une monnaie plus forte permettrait des importations à prix plus faibles. Les importations d’énergie japonaises sont notamment libellées en dollar et l’économie du pays repose lourdement sur celles-ci. Or, un renforcement de la monnaie japonaise signifie aussi des exportations moins bon marché et donc une baisse de compétitivité pour les entreprises nippones (un bien produit à coût fixe en yen voit son prix augmenter hors du Japon si le yen vaut plus de monnaie étrangère qu’avant). 

Toutefois, une si faible hausse des taux ne suffit pas à expliquer la panique qu’a connue la bourse de Tokyo. En effet, un autre facteur a joué dans le même temps un rôle peut-être encore plus important. Début août ont été publiés aux Etats-Unis des indicateurs économiques plutôt mauvais. Le jeudi 1er août, Wall Street a enregistré de mauvais résultats, le Dow Jones a baissé de 1,21% et le Nasdaq a reculé de 2,3%, laissant douter des perspectives d’investissement dans les firmes américaines. De plus, le taux de chômage continue à augmenter ces derniers mois, passant de 4,1% de la population active en juin à 4,3% en juillet alors qu’on constate simultanément un net recul de la création d’emplois. De ce fait, certains craignent une récession puisque l’économie américaine ne devrait pas atteindre les niveaux de croissance espérés. Si cette mauvaise santé de la première économie mondiale est à grandement relativiser, ces chiffres laissent toutefois poindre la possible baisse des taux d’intérêt de la Federal reserve (Fed). De fait, la Banque centrale européenne l’a déjà fait et le mandat de la Fed prévoit la lutte contre le chômage, appelant à un relâchement du robinet financier. 

Or cette double conjoncture modifie un équilibre fondamental des marchés financiers. Historiquement, les économies japonaise et américaine sont très liées. Comme le montrent les chercheurs Fei Han et Niklas J. Westelius dans un article publié en 2019, les activités de « carry trade » jouent un rôle majeur dans les appréciations du yen. C’est précisément ces échanges qui se sont retournés le 5 août. Le carry trade consiste à profiter de l’effet de levier provoqué par la différence entre deux devises. Dans le cas Japonais, des investisseurs s’endettent à faible taux en yen puis placent cet argent dans des actifs américains à fort rendement. Or quand les taux japonais augmentent et que les taux américains semblent être sur la baisse, l’activité devient moins intéressante et les investisseurs craignent peut-être même un renversement. Les nouvelles informations ont donc incité certains acteurs à rapatrier une partie de leur fonds au Japon: le yen est en effet une monnaie refuge. Cela participe à l’appréciation de la monnaie nationale, d’autant que les taux bas de la BoJ ne permettent pas d’enrayer ce processus comme le démontrent Han et Westelius. Finalement, une monnaie plus forte dégrade les perspectives de profits des firmes exportatrices, nombreuses dans le Nikkei 225. Tokyo electron a par exemple vu sa cotation en bourse baisser de 18% au moment du mini-krach. 

Aujourd’hui l’événement ne semble pas avoir fait tant de vague, alors n’était-ce qu’une tempête dans le verre d’eau de la finance qui n’aura finalement pas mouillé le reste de l’économie ? Dans l’immédiat en effet il y a fort à parier que peu de choses changeront, mais cet évènement est toutefois révélateur de plusieurs tendances. 

Les perspectives du carry trade  

Après le mini-krach, de nombreux acteurs ont imputé l’ampleur de celui-ci à l’utilisation d’algorithmes pour réaliser les transactions de carry trade. Comme nous l’avons expliqué, le fonctionnement de cette activité repose sur peu de facteurs et l’automatisation des transactions ainsi que la réactivité des algorithmes aux moindres variations ont pu amplifier l’effet de réaction en chaîne. 

Par ailleurs, le carry trade au Japon a beaucoup changé ces dernières années, passant des mains d’acteurs institutionnels comme l’Etat ou les banques, à celles d’acteurs privés, envieux de profiter de l’importante épargne japonaise. L’intensité de ces opérations étant très complexe à mesurer, il est difficile de la prévoir à long terme. Si il est évident qu’elle va diminuer dans les prochains mois, on ne sait pas quel impact elle aura dans un futur plus lointain.

Ce qui s’annonce pour l’économie mondiale 

Une chose est sûre, la secousse japonaise n’a pas entraîné de réactions majeures des autres marchés financiers. Le CAC 40 a certes vu une légère baisse mais toute réaction en chaîne a été évitée. Toutefois, il ne faudrait pas sous-estimer l’importance du Japon dans le système financier mondial. Premier créditeur mondial et premier détenteur de dette américaine, le pays comptait fin 2023 10,6 trillions d’actifs étrangers. Or, pour renforcer sa monnaie, le Japon s’est mis à vendre une partie d’entre eux. En retour, l’augmentation de l’offre d’actifs d’entreprises américaines par exemple limite les capacités d’investissement de ces dernières (l’offre d’actifs augmente alors que la demande reste plus ou moins la même donc la valeur baisse). De plus, si d’autres évènements comme celui-ci viennent à se reproduire, les investisseurs japonais seront surement encore forcés de vendre des actifs (effet de monnaie refuge). L’importance du carry trade jouera évidemment un rôle dans les répercussions futures des ventes d’actifs par le Japon. Cette histoire entamera peut-être un nouveau chapitre alors que la Fed a annoncé baisser ses taux ce mercredi 18 septembre. Les taux restés élevés de la banque centrale des Etats-Unis sont ainsi passé d’une fourchette comprise entre 5,25% et 5,5% à une fourchette de 4,75% à 5%. Alors que les événements de cet été ont mis encore une fois en évidence la grande dépendance des économies asiatiques aux politiques économiques américaines, le Japon pourra-t-il se sortir du marasme dans lequel il se trouve plongé depuis les années 90 ? 

Le piège de la politique monétaire japonaise

Cet événement a fondamentalement rappelé la spécificité de la politique ultra-laxiste de la BoJ. Il y a fort à parier que si le taux directeur s’était trouvé à un niveau plus élevé avant la hausse, les chiffres enregistrés le 5 août auraient été moins impressionnants. Il faut rappeler que depuis l’éclatement de la bulle japonaise et dans l’espoir de relancer l’activité, la BoJ a beaucoup innové en termes de politiques monétaires non conventionnelles. Elle fut la première à pratiquer des taux aussi faibles, voire négatifs et mener des politiques de « quantitative easing ». La banque centrale a ainsi racheté pendant 20 ans des obligations de l’Etat nippon auprès des institutions de dépôt. Si celles-ci possédaient 40% de la dette japonaise en 2013, ce chiffre est inférieur à 10% aujourd’hui.

Mais cette modernité pour l’époque a toutefois bloqué la banque centrale du pays. En effet, des rachats aussi agressifs ont conduit à un assoupissement du domaine privé comme le pointe The Economist dans son numéro du 31 août. Or, aujourd’hui la BoJ a besoin que ce secteur reprenne vie pour pouvoir enfin sortir de cette politique ultra-laxiste. Toutefois, l’ancienneté de certaines obligations empêchent leur rachat par le privé (duration risk) si bien que seul un cinquième de ce que possède la BoJ est susceptible d’être racheté. Une autre possibilité est de freiner les rachats, ce qui conduirait à une hausse des rendements perçus et attirerait ainsi les investisseurs. 

Néanmoins, l’article de The Economist souligne la complexité de mener une quelconque politique. En effet, une action rapide de la BoJ dans le sens d’une revitalisation du secteur privé causerait une hausse des rendements, ce qui signifie en retour un alourdissement des dettes de l’Etat. Toutefois, si elles sont immenses, elles ont été contractées à une époque de taux bas. Or une hausse même minime, dans ce cas, entraînerait un alourdissement significatif du coût du remboursement de la dette. Ce poids sur le budget se fera ressentir dans les politiques de l’Etat et l’économie réelle, avec des conséquences violentes sur le contribuable japonais. Un véritable cauchemar politique serait à prévoir. A l’opposé, une action lente est un problème dans la mesure où la banque centrale se retrouve pieds et poings liés encore longtemps pour lutter contre les chocs. Chocs qui, comme on l’a vu, peuvent arriver à tout moment. Dans ce contexte, Tamura Naoki, membre du conseil d’administration de la BoJ, a indiqué le 13 septembre que la banque centrale devrait à court terme relever par étape son taux d’intérêt à au moins 1 % environ, afin d’assurer la stabilité des prix.